Actualog

Un regard hebdomadaire sur l'actualité du monde ...



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2003/06/27
 
A suivre ...

Petit changement d'adresse - updatez vos favoris ;-) : http://hemisphair.levillage.org/journal

Désolé pour ceux qui m'avaient linké de leur redonner du travail ;-)

2003/05/27
 
Mesures de sécurité autour du G8 à Evian

Hmmm, un article qui laisse songeur dans Libération aujourd'hui, mais qui reflète bien les mesures de sécurité prises au cours de ce G8 :
- présence d'hommes grenouilles dans le Lac Léman et apparemment aussi dans les lacs alentours ;
- 25 000 personnes affectées autour d'Evian ;
- des Mirages 2000
- des avions radars Awacs ;
- 50 à 60 hélicoptères de combats ;
- des drones (avions sans pilotes) ; d'ailleurs, si vous connaissez des gens dans la région, ils pourront vous dire que certains chemins dans les forêts ont été goudronnés afin de permettre l'atterrissage éventuel des drones, etc.
- batteries de missiles sol-air ;
- unités antibactériologiques et chimiques.
Diantre !

Le président de la Ligue des Droits de l'Homme tient ces mots, à propos de ce dispositif : "C'est une stratégie de dramatisation !"

2003/05/17
 
Le don de plaquettes

Evoquer l'actualité, ce n'est pas forcément traiter de politique, de géopolitique, ou de sujets qui nous paraîtraient totalement déconnectés de nos vies. C'est aussi aborder des initiatives importantes, qu'elles soient culturelles, sociales ou médicales.

Stéphanie Fugain était l'invitée d'"On ne peut pas plaire à tout le Monde", diffusé vendredi 16 mai sur France 3. Sa fille, Laurette, a été atteinte d'une leucémie aiguë et est décédée l'an dernier. Une association a été crée "Pour Laurette", afin de sensibiliser l'opinion publique au don de plaquettes, don particulièrement méconnu. Ayant trouvé cette démarche importante, et ayant été touché par la force et la détermination de Stéphanie Fugain, j'ai décidé d'y consacrer ce post.

Le texte qui suit est un résumé des principales informations à connaître, elles sont issues du site de l'Association "Pour Laurette" :

"Les globules blancs sont issus de cellules souches présentes dans la moelle osseuse. Ces cellules " mûrissent " et se divisent dans ce site avant d'être libérées dans le sang. Lors d'une leucémie, se produit un dérèglement au niveau de l'ADN et des protéines des globules blancs qui empêche les globules blancs de mûrir et qui les pousse à se diviser sans arrêt. Le nombre de ces cellules devient tellement important qu'elles sont libérées dans le sang. Ces cellules sont appelées des leucoblastes. Ces blastes sont donc des cellules jeunes incapables de remplir leur fonction immunitaire. Ils sont tellement nombreux qu'ils envahissent les autres organes et empêchent la moelle de produire en quantité suffisante les globules rouges et les plaquettes.

Le traitement se fait essentiellement par de la chimiothérapie en plusieurs cures dont chacune peut durer plus d'un mois en hospitalisation. Le but de la chimio est de nettoyer la moelle osseuse de toutes les cellules malades, les blastes. Une fois administrée, la chimio tue toutes les cellules de la moelle, malheureusement elle tue aussi les cellules normales, les cellules qui donnent les globules rouges ainsi que celles qui donnent les plaquettes.
Le malade entre alors dans la phase dite d'aplasie. Il se trouve sans défenses immunitaires. Durant cette période, le malade est fragile face aux infections, il peut saigner. Pour cette raison, un support transfusionnel en plaquettes et en globules rouges est nécessaire.

Les plaquettes sont de petites cellules produites par la moelle osseuse, tout comme les globules rouges et les globules blancs. Elles jouent un rôle dans la coagulation du sang afin de prévenir ou de stopper une hémorragie. Comme les globules rouges elles peuvent êtres transfusées.
Les plaquettes ne se conservent pas plus de 5 jours contrairement aux globules rouges et au plasma. Les réserves et les stocks sont donc impossibles à constituer. Pour cela un flux permanent et quotidien de donneurs doit être disponible. En été la pénurie de donneurs est parfois dramatique pour certains patients. En France, le don est bénévole contrairement à certains pays. Pour que celui-ci reste efficace et gratuit les banques du sang comptent beaucoup sur la générosité des bénévoles.

Le don de plaquettes dure environ 2 heures. Le bénévole est installé confortablement dans un fauteuil. De la lecture ou même la diffusion d'un film est proposée pour favoriser l'agrément du donneur. Deux aiguilles servant au prélèvement sont mises chacune à un pli du coude. Le sang prélevé dans l'une passe dans un séparateur qui collecte les plaquettes et restitue le sang au niveau de l'autre. Le don est indolore et sans risques puisque le dispositif de prélèvement est à usage unique.
"

Association Laurette Fugain
99-103, rue de Sèvres
75 006 Paris
Site Web : http://www.laurettefugain.org/

2003/05/07
 
Esprit de Mai, es-tu là ?

Un an s’est écoulé depuis le second tour des élections présidentielles en France. Un an, soit 20% du mandat du Président. Un an, soit une durée suffisante pour porter un regard distancié sur ce qu’ont changé ces élections. Mais, pour commencer, effectuons un petit retour en arrière, sur la journée du 21 avril 2002.

En ce dimanche matin du 21 avril 2002, c’est une belle journée qui se profile. Un soleil radieux sur la majeure partie de l’hexagone, le début des vacances pour certains, la fin pour d’autres. Mais c’est ce jour que se tient le premier tour des élections présidentielles. Dans les bureaux de vote, il n’y a pas affluence. La campagne pour ces présidentielles a été morne ; gauche et droite ont été présentées, par les médias, comme blanc bonnet et bonnet blanc. A en croire télévision, radio ou presse écrite, les programmes des deux principaux candidats, Messieurs Chirac et Jospin, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Les sondages les présentent depuis des mois comme les deux figures qui se feront face au second tour.

La grande désillusion
Ce que les Français ne savent pas, en cette matinée dominicale, c’est que les instituts de sondage ont vu un événement inattendu (pas si inattendu que ça si on étudie avec attention l’évolution des intentions de vote pour chaque candidat) survenir dans les trois derniers jours : Jean-Marie Le Pen talonnerait désormais Lionel Jospin, au point de le dépasser dans certaines études. Ce n’est que trop tard, à 20h, qu’abstentionnistes et autres votes purement contestataires se rendront compte de leur mauvais jugement sur la situation. A la désillusion et au désenchantement succédera la colère. Mais les faits sont là : le candidat frontiste est au second tour des élections présidentielle ! Du côté des pro-FN, les masques tombent, tandis que la Gauche se retrouve moralement obligée d’appeler à voter en faveur d’un candidat qu’ils ont tant combattu … M.Chirac.

Le sursaut
Pendant les deux semaines qui constituèrent l’entre-deux-tours, la jeunesse, le monde socio-culturel, la gauche et tous ceux qui croient encore à des valeurs de tolérance et de respect de l’autre se mobilisent. Deux semaines hors du temps, avec deux moments forts : la manifestation du 1er mai et le 5 mai, jour du second tour des Présidentielles. L’objectif qu’ont fixé les partis républicains est de faire en sorte que M.Le Pen obtienne le plus petit score possible. Au final, M.Chirac, président sortant, recueille 82% des suffrages exprimés. Et c’est dans la foulée qu’eurent lieu les élections législatives, législatives qui marquèrent un essoufflement de ce qu’on a appelé "l’esprit de mai".
"L’esprit de mai", c’était avant tout une prise de conscience de l’importance du droit de vote et de la question politique dans un état démocratique. Ce fut une remise en cause de la manière hautaine dont avaient pu se comporter certains hommes politiques. Mais, finalement, la leçon des Présidentielles, les hommes politiques l’ont-ils vraiment tirée ? Quid aussi des électeurs ?

Communication, le maître-mot
Commençons par nous pencher sur les électeurs. Ceux-ci accordent, un an après les élections, encore une forte confiance à Messieurs Chirac et Raffarin. Est-ce à dire que la majorité UMP a su tirer les bonnes leçons du choc du premier tour des Présidentielles ?

Oui, d’une certaine (mauvaise) manière. Car, à bien y regarder, si 300 000 voix ont manqué à Lionel Jospin pour figurer au second tour, c’est peut-être simplement du à son incapacité à communiquer de manière satisfaisante. Un homme austère, froid, très « parisien » dans l’allure, voilà ce que beaucoup de Français ont retenu du leader socialiste. L’actuel Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin donne l’impression inverse : a priori proche des gens, bonhomme, ancré dans la terre de son si cher Poitou. Quant à Nicolas Sarkozy, "le flic n°1 de France", il s’est imposé grâce à des opération qu’on peut aisément qualifier de "coups marketing".
Remarquez, tous les partis présentent le même travers. Jean-Marie Le Pen propulse sa fille vice-présidente du Front National, sous prétexte qu’elle rajeunit l’image du parti. La Ligue Communiste Révolutionnaire mise plus que jamais sur Olivier Besancenot, le "petit facteur sympathique". Au PS, plutôt que de revoir leur discours politique, beaucoup ont changé de garde-robe, à l’image de Jack Lang qui ressemble désormais à un clone de Thierry Ardisson.
A gauche, à droite, et aux extrêmes, on rénove peut-être la forme, mais pas le fond.

Jean-Pierre Raffarin, Jean-Louis Borloo et les autres ont beau jeu de se réclamer "enfants de mai" (cf. l’émission Droit d’Enquête, diffusée le dimanche 20 avril 2003, sur France 2). Alors, oui, il y a certainement eu de bonnes choses dans les mesures prises par le gouvernement actuellement au pouvoir : la création du conseil français du culte musulman, le durcissement des mesures en faveur de la sécurité routière. Mais la droite, comme à son habitude, oublie certaines réalités du terrain (Monsieur Raffarin, il n’est pas suffisant de se dire soi-disant à l’écoute de la "France d’en-bas", il faudrait que vous teniez véritablement compte de ce qu’elle vous dit !) et délaisse complètement le social. La gauche, quant à elle, met bien du temps à se reconstruire. Tout cela ne fait que concourir à la montée des extrêmes, extrêmes qui, de droite comme de gauche, représentent des solutions illusoires, des voies protestataires qui se résolvent rien.

Mauvaise surprise à venir ?
Dans un an, ce seront les élections régionales. L’extrême droite est en embuscade, elle espère bien capitaliser sur l’intolérance et la peur de nos sociétés envers autrui pour "faire un coup". Afin d’éviter qu’un second 21 avril ne se produise, les hommes politiques devront montrer qu’ils ont retenu les bonnes leçons des Présidentielles.
Il serait toutefois illusoire de penser que seuls les hommes politiques détiennent les clefs du prochain scrutin. Ce seront aussi les électeurs qui, de par leur intérêt (ou leur désintérêt) pour cette campagne, ces élections régionales décideront du visage qu’ils souhaitent donner à leur pays.

Sans oublier que l’esprit de mai, c’est s’intéresser au débat politique et, surtout, voter !

2003/04/23
 
Condition féminine

Où en est la condition féminine à l’heure actuelle, en France ? L’égalité entre les sexes est-elle bien reconnue par toutes et tous ? Ah, je sais ce que vous pensez, chers lecteurs. Je suis convaincu qu’une grande partie d’entre vous se dit "mais voyons, à quoi bon disserter sur l’égalité homme/femme, on sait depuis longtemps qu’elle est acquise !". Alors, très chers lecteurs (chères lectrices, ne vous inquiétez pas, je ne vous oublie pas, loin de là), j’ai juste une question à te poser : tu proclames peut-être que l’égalité entre les sexes est nécessaire, mais la souhaites-tu vraiment ? Que penses-tu du plus profond de ton être ? Es-tu bien sûr de ne jamais avoir prononcer d’insultes sexistes ? De n’avoir jamais dit, au volant de ta voiture, "les femmes au volant, ça devrait être interdit" ? Non, tu n’as jamais cédé à pareille tentation ? D’accord, je veux bien te croire.

Des progrès, certes …
Il est vrai que depuis une cinquantaine d’années, sous l’impulsion de mouvements féministes plus ou moins pertinents (je ne suis pas convaincu que les Chiennes de Garde d’Isabelle Alonzo servent véritablement la cause qu’elles sont sensées défendre), votre situation, Mesdemoiselles et Mesdames, s’est considérablement améliorée. Simone de Beauvoir1 a mis en place des bases fondamentales pour la compréhension de votre sexe (qui, auparavant, avait eu beaucoup plus d’occasions de se taire que de se faire entendre). Vous avez accédé au droit de vote. Grâce à la loi Veil, l’avortement a été légalisé. Les moyens contraceptifs se sont démocratisés. Des règles (et même des lois) sur la parité en terme de représentativité politique ont été établies et mises en place. Vous pouvez désormais postuler à Polytechnique. Vous pouvez revendiquer l’égalité en terme de salaires. Vous avez accès à des métiers qui, autrefois, vous étaient interdits par l’autorité masculine2 .
Cette énumération pourrait faire croire que tout le monde, il est beau, il est rose. A mon sens, ce serait commettre une belle erreur. Car, dorénavant, misogynie et machisme avancent masqués alors qu’ils étaient autrefois clairement affichés. Notre société s’est gargarisée pendant des milliers d’années d’idées reçues sur les femmes. Elle s’est développée dans la tradition chrétienne qui associait la femme à la faute et à la culpabilité. Alors, oui, la situation a certainement connu des avancées salutaires. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir.

"Machisme rampant"
Que pensez-vous des séries télévisées telles Ally McBeal, Sex and the City, ou Friends ? Comment réagissez-vous devant des livres, ou des films, tels que Le Journal de Bridget Jones ?
Généralement, les réactions à propos de ces œuvres se résument à de simples "j’aime, ça me fait rire / je n’aime pas, je n’ai aucune affinité avec ce genre de productions". Et pourtant, il y a bien d’autres questions sous-jacentes à ces œuvres. Notamment concernant les valeurs qu’elles véhiculent.
Ally McBeal est une avocate de 27 ans. Au début de la série, elle intègre un nouveau cabinet d’avocats après avoir quitté celui dans lequel elle travaillait, victime de harcèlement. Durant toute la série, sa grande quête, c’est celle de l’Amour, avec un grand "a".
Bridget Jones est l’exemple typique de la jeune femme, bientôt trentenaire, active au travail, mais qui possède une vie affective guère affriolante.
Ally et Bridget ne sont que deux faces d’une même entité. Deux faces révélatrices de la position des femmes dans notre société. On leur reconnaît le droit au travail. Mais, contrairement aux hommes, elles sont plus ou moins (plus que moins en fait) incapables de mener de front une vie professionnelle et une vie personnelle réussies. Que cherchent, en fin de compte, ces deux personnages ? Un mari aimant, qui leur fasse de beaux enfants, qu’elles pourront choyer. Est-ce véritablement une image progressiste de la femme ? La réponse est non, bien entendu. Que dire encore de Sex and the City qui se présente comme la série moderne, féministe au possible ? L’est-elle effectivement ? Le visionnage de quelques épisodes est révélateur. Sex and the City favorise bien plus le machisme ambiant que le féminisme.

La misogynie est partout. Il suffit de sortir, ou d’allumer la télévision. Ces publicités qui mettent le corps féminin au même niveau que des objets, ces couvertures de magazines (Maximal, FHM, Entrevue pour ne pas les nommer), ces mots qu’ils nous arrivent de prononcer et qui révèlent bien, en fin de compte, la considération que nous portons à la gent féminine (je ne prendrais que l’exemple de "j’ai pécho", qui range la femme au statut de chose, encore une fois).

Idées reçues sur les femmes
Oui, les idées reçues ont la peau dure. Nous les portons encore bien ancrées au plus profond de notre bagage culturel. Et si nous voulons véritablement lutter contre, il n’y a, à mon sens, qu’un seul moyen : les identifier clairement afin de mieux les combattre. C’est le travail auquel s’est attelée Yannick Ripa, dans un livre sobrement intitulé Les Femmes3 dans la collection Idées Reçues . Yannick Ripa est maître de conférences et enseigne l’histoire des femmes et des rapports des sexes à l’université Paris VIII. Pour terminer cet article, je vais me permettre de synthétiser certaines des idées qu’elle développe dans son livre.

La femme représente le sexe faible. Voilà une conception qui ne se base que sur des critères purement musculaires. A cette idée est associée le fait que la femme serait faite pour être mère, et rien d’autre. Le Dictionnaire des Sciences Médicales de 1812-1822 contient, à ce propos, une assertion révélatrice de l’état d’esprit qui a prédominé pendant des siècles : "L'existence de la femme n'est qu'une fraction de celle de l'homme. Elle ne vit pas pour elle-même, mais pour la multiplication de l'espèce, conjointement avec l'homme. Voilà le seul but que la Nature, que la Société, que la Morale avouent."
La femme n’aurait une place dans ce monde qu’en tant que celle qui donne la vie. On lui a longtemps nié tout autre type de reconnaissance. Celle qui n’enfante pas n’a aucune valeur, d’où l’imagerie populaire de la vieille femme. De la tradition biblique, nous avons hérité deux images de la femme : celle de Eve, la pécheresse et celle de Marie, la mère. L’idée reçue a, au fil des siècles, fait son creuset dans cette conception que la femme serait en fait un réceptacle de la semence masculine, un simple ventre qui doit porter l’enfant. A tel point que l’Encyclopédie, en 1751, définira la femme comme « la femelle de l’homme ». De nos jours, l’idée reçue existe encore bel et bien, elle a trouvé refuge auprès des conservateurs antiféministes et extrémistes. Mais elle est sous-jacente aux questions qui se posent souvent, lors de premières rencontres, telle "Vous avez des enfants ?", alors que pour les hommes, la question se résume à « Et quelle est votre profession ? ». Dans cette conception qui fit de la femme une entité qui n’avait pas lieu d’exister, puisque la femme se devait avant tout d’être mère, il va de soi que la travail n’avait pas sa place. A l’extrême limite, quand on eut accepté que certaines femmes puissent travailler, ce fut pour les cantonner au métier de prof. D’où l’idée que "prof, c’est bien pour une femme". Ainsi les stéréotypes selon lesquels : les professeures seraient des vieilles filles, laissées pour compte, qui peuvent trouver là une compensation à l’échec de leur vie de femme, celle d’épouse et de mère eurent la vie dure.

Les idées reçues concernant les femmes sont trop nombreuses pour faire une déconstruction de chacune ici. Toutefois, il n’est pas acceptable que nous nous laissions tant imprégné par des clichés ; c’est pourquoi nous devons porter un regard critique aussi bien sur les œuvres (littéraires, cinématographiques, etc.) qui nous passent sous le nez que sur le langage que nous employons. C’est à ce prix que la femme pourra enfin, un jour, être à égalité avec les hommes.

1 Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir est un livre que tout le monde se doit d’avoir lu.
2 Pour tous ces éléments, se référer au livre de Clémentine Autain, Les Droits des Femmes.
3 Editions du Cavalier Bleu. Je ne saurai que trop vous conseiller la lecture de cet ouvrage !

2003/03/23
 
La guerre a donc bien commencé ...

C'était inévitable, entend-on dire. Oui, mais quand même ...
Cette semaine, plutôt que de m'épancher longuement, je vous inviterai seulement à aller lire ces trois textes :
- lettre de Michael Moore pour George W.Bush [via Cramoisi]
- lettre de Paulo Coelho pour George W.Bush
- tribune de Robin Cook, ministre britannique des relations avec le Parlement qui, en désaccord avec M.Blair quant à la crise irakienne, a démissionné.

2003/03/15
 
A la veille d'une guerre ...

Pascal Boniface, invité par l'association Isegoria, a tenu une conférence à l'Ecole Supérieure de Commerce de Nantes le jeudi 13 mars 2003. Le thème sur lequel il intervenait "Guerre et Paix - L'instabilité stratégique en 2003" lui a donné l'occasion de revenir sur l'actualité brûlante du moment, à savoir la crise irakienne.

Mais avant de commencer le compte-rendu détaillé de ses propos, il est peut-être bon de rappeler qui est Pascal Boniface. M. Boniface est directeur de l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), membre du Haut Conseil de la Coopération Internationale et membre du Comité Consultatif du Désarmement auprès du Secrétaire Général de l'ONU. Ses plus récentes parutions sont Le monde contemporain : grandes lignes de partage (2001), Les guerres de demain (2001), Chroniques Géopolitiques (2003).

La conférence s'est ouverte sur un constat : nous sommes à quelques heures d'un événement qui semble incontournable, à savoir la guerre en Irak. Car, avec ou sans mandat de l'ONU, les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils lanceraient une opération armée sur le pays de Saddam Hussein. La question n'est plus de savoir s'il y aura une guerre, et si oui, quand. Mais cela ne doit pas empêcher de réfléchir aux causes et aux conséquences de cette intervention américaine.

Pascal Boniface a tenu à revenir sur les raisons qui motiveraient les Américains pour attaquer l'Irak. Non, ce n'est pas une guerre de réponse au 11 septembre, non, ce n'est pas une guerre pour venger le père, non, ce n'est pas une guerre pour renverser le dictateur Saddam Hussein. Chercher une unique réponse pour expliquer les velléités américaines à l'égard de l'Irak est une erreur. C'est la combinaison de plusieurs paramètres qui a conduit à la situation actuelle.

On nous dit qu'il faudrait intervenir en Irak parce que ce pays est dangereux. M.Boniface a tenu à s'élever contre cette idée. Car l'Irak n'est plus, à l'heure actuelle, une menace ! Et c'est justement parce qu'elle n'est pas une menace qu'on va aller faire la guerre là-bas.
La comparaison avec la Corée du Nord est saisissante : la Corée du Nord est, elle, une vraie menace. Et que s'empressent de faire les Américains ? De rechercher une solution diplomatique !

Pour justifier son propos, Pascal Boniface a déconstruit les arguments qui font prétendre à certains qu'une intervention armée en Irak est indispensable :

- "la guerre est nécessaire afin de renverser la dictature imposée par Saddam Hussein !" : cela fait 34 ans que l'Irak vit sous une dictature, qui génère nombre d'atrocités. D'un coup, nous serions pris d'un accès de bonne conscience et voudrions y mettre fin ? Pourquoi alors avoir attendu 34 ans avant d'agir ?
- "c'est pour libérer la population !" : doit-on rappeler que le gazage des populations kurdes, en 1988, s'est fait avec l'assentiment de la communauté internationale, les Etats-Unis en tête ?
- "L'Irak reste dangereuse, elle possède la 4e armée du monde !" : c'était peut-être vrai dans le passé, cela ne l'est plus. L'armée irakienne a été considérablement affaiblie par la guerre contre l'Iran, puis par la guerre du Golfe qui était une guerre contre le reste du monde !
- "L'Irak est un danger pour Israël !" : peut-être que l'Irak possède encore 4 ou 5 missiles Scud capable d'atteindre d'Israël, mais cela suffit-il à démontrer sa dangerosité et à rendre une guerre indispensable ? En outre, comme l'a rappelé Jacques Chirac lors de son intervention télévisée du 10 mars, les inspections ont fait beaucoup plus pour le désarmement de l'Irak que la première Guerre du Golfe !

Pascal Boniface est alors revenu sur le lien entre le 11 Septembre et la position américaine dans cette crise irakienne. Il a soutenu qu'il ne faut pas croire que les Etats-Unis cherchent à se venger du 11 Septembre. Leur volonté d'agir en Irak est plus ancienne. Déjà, en 2000, lors d'une réunion où M. Boniface était présent, Richard Perle, membre éminent de l'Administration Bush, avait exposé qu'il fallait renverser l'Iran et l'Irak.
M.Rumsfeld, M.Perle, et ceux qu'ils représentent, à savoir les néo-conservateurs, estiment que les Etats-Unis ont une mission, et que les Etats-Unis doivent accomplir cette mission. Ce serait une erreur de croire ces néo-conservateurs isolationnistes. Simplement, ils veulent mettre leur force au service d'autres pays, quitte à faire sauter des verrous (et quels verrous !). Toutefois le 11 Septembre, s'il n'est pas LA raison motivant une intervention en Irak, n'en a pas moins eu des conséquences idéologiques.

Quels sont les raisons de la France de s'opposer à cela ?
Pascal Boniface a commencé par lister toutes les fausses raisons que les Anglo-saxons cherchent à trouver pour justifier le "non" français à la guerre :

- les Français seraient motivés par une sorte d' "amour" pour Saddam Hussein, tout autant que par un instinct bassement mercantile. Certes, dans le passé, il y a eu des liens forts entre l'Irak et notre pays. Mais la France n'était pas le seul pays à entretenir ce type de relations. Les Etats-Unis étaient dans le même cas. De plus, la France n'a pas hésité, lorsque l'ultimatum du 15 janvier 1991 a expiré, elle est clairement passée du côté des adversaires de l'Irak !
Quant aux intérêts commerciaux français en Irak, ils sont ridicules : l'Irak représente 0,3% de notre commerce extérieur, et se place au 53e rang au niveau de nos échanges internationaux.

- si la France développe une politique " bienveillante " envers l'Irak, ce serait du au lobbying des 5 à 6 millions de Musulmans qui vivent dans notre pays : cet argument est malveillant, et ne repose sur aucune réalité. En outre, cette population musulmane n'a pas connu une croissance exponentielle depuis 1991 ! Or, en 1991, la présence de cette population n'a pas empêché la France à participer aux opérations militaires contre l'Irak.

- la France serait empreinte d'un anti-américanisme patent : si c'est être anti-américains que de s'opposer à cette guerre, alors un certain nombre de personnalités américaines (Al Gore, Sean Penn, Spike Lee, Michael Moore et tant d'autres) doivent être immédiatement déférées devant un tribunal pour haute-trahison ! En outre, en admettant que la France soit anti-américaniste, il faudrait expliquer pourquoi cet anti-américanisme se manifeste maintenant, alors que la France n'en a absolument pas fait preuve lors de la première Guerre du Golfe ! On voit bien que cet argument est absurde !

Après être revenu sur ces mauvaises raisons, Pascal Boniface s'est intéressé aux vraies raisons qui, selon lui, motivent la position française dans cette crise. M.Boniface a commencé par reconnaître que, dans ces vraies raisons, l'Irak ne compte pratiquement pas. Bien sûr, les autorités françaises sont (un peu) mues par la volonté de préserver la population irakienne d'une nouvelle guerre. Mais c'est surtout des vues stratégiques qui expliquent l'engagement de la France contre cette intervention armée que souhaitent tant les Américains.

Il faut en effet bien voir que, dans les pays arabes, se développe depuis longtemps un fort dégoût du monde occidental, et des Etats-Unis en particulier, à cause du parti-pris de soutenir Israël, quelles que soient les atrocités commises envers les Palestiniens.
Lancer une guerre en Irak maintenant ne fera qu'aviver ce sentiment des pays arabes. Des pays qui sont déjà habitués à faire un grand écart permanent entre leur opinion publique (se levant contre les Etats-Unis) et leurs différents partenariats avec le pays de l'Oncle Sam.
Si on veut combatte le terrorisme, ce n'est certainement pas en déversant de l'huile sur la haine qu'ont les populations arabes pour les pays occidentaux et l'Amérique. Une guerre en Irak ne va faire que déstabiliser encore un peu plus les pays arabes, et entraîner à long terme une recrudescence du terrorisme. Ben Laden et ses alliés devraient pouvoir trouver, avec une facilité accrue, des hommes prêts à mourir en kamikazes afin de faire plier l'Occident. Merci aux Etats-Unis pour ce coup de pouce à Al-Quaida !
En outre, si le scénario idyllique concocté par Donald Rumsfeld (l'Irak tomberait en 6 semaines maximum) ne se réalise pas, alors nul doute que nous allons au devant de gros problèmes ! Et même si tout se déroule selon les plans américains pour ce qui est de la guerre en elle-même, rien ne dit que les Etats-Unis seront capables d'y gagner la paix.

Avec la guerre qui s'annonce, c'est un formidable bond dans le temps auquel s'adonne les Américains. Un bond en arrière, en direction du XIXe siècle, nous a expliqué Pascal Boniface. Car la Charte de l'ONU, qui avait été mise en place au prix de deux guerres mondiales, fixait de manière stricte les conditions dans lesquelles une guerre pouvait avoir lieu : soit elle se plaçait dans une réaction de défense légitime, soit elle résultait d'une décision collective du Conseil de Sécurité.
Le concept de "guerre préventive" soutenu par les Etats-Unis nous fait, purement et simplement, retourner deux siècles en arrière.
Pascal Boniface n'a cependant pas caché que nous avons aussi notre part de responsabilité dans cette fissuration de l'autorité de l'ONU. Faut-il rappeler, en effet, que l'intervention armée au Kosovo s'était faite, dans un premier temps, sans mandat des Nations Unies ?

Mais ne compromettons-nous pas des intérêts forts au nom de quelques principes qui nous conduisent à utiliser notre droit de veto ? La réponse de Pascal Boniface ne souffre d'aucune hésitation ; c'est "non" !
Certains prétendent que la France prend, dans cette crise, des risques démesurés. Afin d'exposer pourquoi ces personnes ont tort, M.Boniface s'est attardé sur la manière dont le pôle de résistance aux Etats-Unis est né : rien n'aurait été possible sans l'Allemagne. C'est grâce à la dynamique du duo franco-allemand que la France a trouvé la force de résister aux volontés hégémoniques des Américains. La Russie s'est alors sentie, elle aussi, plus forte et a clamé haut et fort sa position (elle utilisera le veto à l'ONU en cas de nouvelle résolution pro-guerre).
C'est en cédant à la dernière minute aux souhaits de l'Administration Bush que la France aurait beaucoup perdu. Car elle aurait alors vu disparaître toute sa crédibilité. Si la France s'était rétractée au dernier moment, la position française n'aurait plus été prise au sérieux lors des prochaines crises. En outre, les Américains ne nous en auraient pas moins voulu, car la seule voie qu'ils connaissent, c'est celle de la force. Et ils méprisent la faiblesse.

La France a pris ici une décision importante. Elle bénéficie du soutien de l'opinion publique internationale, comme l'ont montré les manifestations du 15 février. Elle est en phase avec les gouvernements qui n'osent pas se prononcer du fait des multiples pressions économiques que les Américains exercent de par le monde.
Pascal Boniface a tenu a précisé que le coup porté à l'ONU aurait été bien plus grand si nous avions accepté, au final, de nous plier aux volontés américaines.

Pascal Boniface, pour conclure sur ce sujet, s'est laissé alors aller à un brin de cynisme, déclarant que, "de toutes manières, nous n'avons plus grand chose à perdre ou à gagner avec les Américains".
Alors, d'un point de vue économique, peut-être que quelques bouteilles de vins seront cassés dans les rues des Los Angeles ou de San Francisco. Mais le commerce international est régi par des règles établies par l'Organisation Mondiale du Commerce(OMC), ce qui interdit un boycott pur et simple des produits français par les Etats-Unis. De plus, il existe des accords européens qui empêchent les Américains de pénaliser un pays en particulier de l'Union Européenne. Dans ce contexte, Pascal Boniface a donc soutenu que les conséquences négatives pour la France ne seront pas aussi graves que ce qu'on veut nous faire croire. De plus, sur certains marchés, on devrait assister à un essor des produits français, grâce à la sympathie gagnée au sein de l'opinion publique internationale.

Pour terminer cette conférence, Pascal Boniface était bien obligé de parler de l'après-guerre. Que se passera-t-il une fois que les Etats-Unis auront renversé Saddam Hussein ? Qui gouvernera l'Irak ?
Les Américains vont payer cette guerre au prix fort. Ils vont payer pour leur conception dépassée des relations internationales. L'Administration Bush a une position datée, passéiste qui va coûter cher aux Etats-Unis.

Au niveau de l'Europe, cette crise devrait permettre de clarifier la situation.
Selon M.Boniface, Tony Blair rend, en fin de compte, un fier service à la construction européenne. Car à force d'exaspérer la population britannique à cause de ses positions aveuglément atlantistes, on devrait assister à une revirement inattendu de cette opinion publique. Qui devrait finalement souhaiter intégrer pleinement l'Europe plus rapidement que prévu (rappelons que, par exemple, l'Angleterre est toujours à l'écart de la monnaie unique).
Quant aux pays de l'Est, ces pays qui intégreront l'Union Européenne en 2004, ils vont devoir comprendre qu'on ne peut pas vouloir le beurre américain (les subventions américaines, obtenues au prix d'un soutien inconditionnel aux Etats-Unis) et l'argent du beurre européen (les perspectives de croissance et de dynamisme économique liée à leur très prochaine adhésion à l'UE).

La situation devrait aussi démontrer que, si l'ONU n'est pas indispensable pour la guerre, elle l'est pour la paix. A terme, expliqua Pascal Boniface, cette crise devrait conduire à une clarification du rôle des Nations Unies.

Les Etats-Unis, quant à eux, vont comprendre qu'une politique hégémonique coûte cher ! Ils vont se retrouver obligés de prendre en compte, désormais, la réalité internationale. Et il va aussi leur falloir réfléchir aux moyens de se faire aimer de nouveau ! Il est quand même hallucinant de voir à quelle vitesse George W.Bush aura dilapidé l'énorme capital sympathie qu'avaient généré, partout dans le monde, les terribles évènements du 11 Septembre.

Après plus d'une heure d'une conférence rondement menée, Pascal Boniface répondit aux questions de son auditoire. Celles-ci portaient logiquement sur les préoccupations liés à la guerre imminente en Irak. Quelques idées intéressantes furent alors abordées :

- Pascal Boniface essaya d'expliquer la position assez incompréhensible de Tony Blair. M.Blair est certainement motivé par quelques principes religieux, mais là n'est pas la seule raison de son soutien inconditionnel des Etats-Unis. Le raisonnement du Premier Ministre Britannique semble être le suivant : "Pour que la Grande-Bretagne pèse dans le monde, il faut qu'elle pèse sur les Etats-Unis". Tony Blair croyait pouvoir influencer le cousin américain. Il s'aperçoit qu'il a eu totalement tort, notamment lorsque Donald Rumsfeld expliqua, mercredi 12 mars, que les Etats-Unis pouvaient très bien aller faire la guerre sans la participation des soldats britanniques. Finalement, la position de M.Blair isole complètement la Grande-Bretagne, car les Etats-Unis ne l'écoutent absolument pas ! Tony Blair a misé sur le mauvais cheval. Si la guerre en Irak se passe mal, il risque bien d'être contraint de démissionner.

- la Russie ne doit pas être envisagée comme un état pouvant éventuellement adhérer à l'Union Européenne, mais plutôt comme un partenaire privilégié. Selon M.Boniface, la question d'une intégration de la Russie à l'UE ne se posera pas avant 15-20 ans.

- si l'Europe était plus forte, elle ne se comporterait pas comme les Etats-Unis, voici la position que soutient Pascal Boniface. Une Europe plus forte ne serait pas hégémonique car elle est issue d'une construction multi-latérale, elle s'est bâtie sur la concertation. L'Europe aimerait voir se bâtir un monde dans lequel la puissance est mise au service d'un projet collectif, et non hégémonique.

- il n'y a aucun critère objectif qui préside à l'appellation "états voyous". Sont voyous ceux qui sont décrétés comme tels par le Sherif ! C'est bien là tout le problème.

- la pression de la communauté juive sur les Etats-Unis est réelle. George W.Bush qui, à l'opposé des son propre intérêt, fait tout pour éviter de froisser Ariel Sharon, le montre bien.

- les Etats-Unis auraient du comprendre, après le 11 Septembre, qu'avoir un budget militaire colossal ne suffit pas pour assurer la sécurité de son territoire. Ils auraient du comprendre que cela passe aussi par la lutte contre la misère dans le monde. Mais plutôt que de lutter contre la pauvreté, ils ont préféré augmenter encore la somme d'argent consacré à la Défense (les Etats-Unis y consacrent désormais pas moins de 360 milliards de dollar par an, excusez du peu !).

Pascal Boniface a, selon moi, abordé les principaux enjeux de la crise irakienne avec lucidité lors de cette conférence. Les prochaines semaines seront décisives pour l'avenir des relations internationales.